Véritable artiste, elle recrée depuis 12 ans des épithèses ressemblant en tout point à la partie manquante du patient. «Mon défi ultime, dit-elle, c’est de rendre la prothèse la plus invisible possible.»
D’un réalisme à s’y méprendre, les prothèses se confondent aux visages des patients par une multitude de détails : couleurs de la peau, poils, vaisseaux sanguins, cils, rides, etc.
Seule épithésiste au Québec, l’aventure de Louise a débuté en 1990, alors qu’elle travaillait comme assistante dentaire du Dr Gaston Bernier. À l’époque, le dentiste et elle se concentraient sur les prothèses dentaires jusqu’au jour où un patient ayant subi une ablation du nez réclame leur aide. C’est à ce moment que le Dr Bernier a commencé à s’intéresser aux prothèses faciales.
«Pendant 10 ans, je l’ai regardé travailler, car pour moi c’était passionnant. Ça me rejoignait beaucoup au niveau de ma personnalité, car je suis une artiste. Je m’impliquais plus ou moins dans la réalisation des prothèses, mais j’avais beaucoup d’intérêt. Alors, je disais souvent au Dr Bernier "Donne-moi la chance de les faire, tu ne vas pas le regretter". Moi, j’étais convaincue que c’était moi qui avais à faire ça, car j’aimais ça. Alors en 2000, il m’a donné la mission de faire les prothèses de visage», confie celle qui réalise une quarantaine d’épithèses par année.
Puisqu’aucune école n’offre de formation en épithésie, Louise a dû apprendre par compagnonnage. Elle s’est rendue à plusieurs reprises dans des centres offrant ce service, notamment à Toronto et Strasbourg, pour perfectionner son art.
«Je fais le plus beau métier du monde. C’est vraiment très valorisant. Ma position est favorisée, car je redonne à ces gens le goût de reprendre le cours de leur vie. Ce qui est très souffrant pour eux, c’est le regard des autres […] à partir du moment où ils sortent du bureau avec leur prothèse, c’est fini ce bombardement de regards. Je suis très chanceuse de pouvoir faire ce métier…», révèle l’infirmière de formation.
Cette chance qu’elle a, Louise aimerait bien la partager avec d’autres, ce qui est impossible pour l’instant. Il n’existe que 300 épithésiste sur la planète, ce qui en fait une profession très rare que le ministère de la Santé ne reconnait pas encore. Elle travaille ardemment pour que son titre soit reconnu et assuré la pérennité de ce métier dans la province.
«Ça me préoccupe grandement, car je veux m’assurer que la population québécoise est de la relève et que le service de prothèses faciales reste au Québec et idéalement à Québec», dit-elle.
«Ce qui est très souffrant pour eux, c’est le regard des autres […] à partir du moment où ils sortent du bureau avec leur prothèse, c’est fini ce bombardement de regards. Je suis très chanceuse de pouvoir faire ce métier…» - Louise Desmeules
Vers plus de reconnaissance
Effectuant une tâche des plus minutieuses et exceptionnelles, Louise Desmeules se retrouve parmi les trois finalistes de la catégorie santé du 14e concours Femmes de mérite de la YWCA de Québec.
Cette nomination, dont les gagnants seront connus le 24 mai prochain, pourrait bien mener à la reconnaissance de son titre.
«J’espère que tous ces petits puzzles qui s’installent devant moi vont aider. J’en ai encore pour quelques années, mais j’ai la mission et la préoccupation de faire que la relève soit bien formée et que je trouve les bonnes personnes pour poursuivre l’aventure de l’épithésie», ajoute Louise.
D’ici la retraite, il y a plusieurs projets qu’elle aimerait réaliser. Survivante d’un cancer du sein, elle souhaiterait développer des prothèses mammaires externes adaptées à chaque femme ayant subi une mastectomie. Pour l’instant, tout ce qui existe pour ces femmes sont des prothèses commerciales plus ou moins confortables.
Groupe Québec Hebdo

