Des facteurs inquiets pour leur avenir

Publié le 12 décembre 2013
Francine Lachance, factrice depuis 19 ans, et Benoît Bourdeau, facteur depuis 16 ans, viennent d'apprendre la suppression de la livraison du courrier à domicile d'ici cinq ans.
(Photo Isabelle Le Maléfan)

Au lendemain de la décision de Postes Canada de supprimer la livraison du courrier à domicile d'ici cinq ans, les facteurs, comme Benoît Bourdeau, qui travaille dans la Cité-Limoilou, sont encore sous le choc de cette annonce. Ce dernier déplore la façon d'agir de son employeur et craint des compressions de postes.

«J'ai appris la nouvelle par les réseaux sociaux», déplore Benoît Bourdeau, facteur depuis 16 ans. Il confirme ainsi l'effet de surprise qu'a suscité cette suppression de service même si des rumeurs circulaient depuis quelque temps. «Il y a avait différentes avenues envisagées comme la livraison aux deux jours ou encore la livraison par boîte postale communautaire. On savait qu'une nouvelle allait arriver avec la baisse des postes lettres, mais là, si vite, on ne s'y attendait pas. C'est un manque de transparence de la part de Postes Canada», explique le facteur qui est également deuxième vice-président du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes, section locale de Québec.

Quel avenir ?

Le facteur note depuis plusieurs années une baisse de la demande de services, d'abord avec le fax puis maintenant avec internet. «Le nombre de postes lettres ne cesse de diminuer alors que le nombre d'adresses augmente. Ce qui arrive, c'était inévitable», poursuit-il.

Postes Canada parle d'une coupure de 30 % des effectifs, ce qui représenterait entre 6 000 et 8 000 emplois au Canada. «À Québec, ça sera combien, je ne le sais pas, s'inquiète-t-il. On est dans l'incertitude, on n'a pas eu de concertation avec la direction à Ottawa, il y a un vrai manque de transparence.»

Benoît Bourdeau craint de voir son travail changer : «Ma peur est de perdre le contact humain avec les clients au profit de la vitesse et de rentabilité. Je ne serai plus à pied à marcher dans les rues, mais en camion, à aller aux coins des rues au lieu de faire du porte-à-porte. J'aime être dehors, qu'il fasse chaud ou froid. On va perdre notre liberté d'être dehors. La direction est en train de briser tout ce que j'aimais dans ce métier.»

Dans Limoilou, la densité de la population est plus restreinte. «Où Postes Canada va mettre les boîtes postales communautaires ? Il y a beaucoup de blocs dans Limoilou. Ça sera une verrue dans le paysage urbain», questionne celui qui livre le courrier sur les rues Bergemont, Des Peupliers Est, Des Chênes Est, Des Bouleaux Est

Postes Canada prévoit mettre en place son plan sur cinq ans. «Le porte-à-porte n'existera plus dans cinq ans. Dans l'immédiat, il n'y aura pas de changement, mais il y en aura dans les prochaines années».

Benoît Bourdeau note une dégradation de ses conditions de travail depuis l'arrivée, en février 2011, du nouveau président-directeur général, Deepak Chopra. «On a été pendant 16 ans à faire du profit, il ne faut pas l'oublier, tient-il à rappeler. Depuis deux ans, les mauvaises nouvelles se succèdent les unes après les autres. Le seul mot qu'a la direction à la bouche, c'est couper.»

Actuellement en vacances, Benoît Boudreau retournera au travail le 30 décembre prochain. «Dans l'avenir, je vais m'ennuyer de la blague : garde les comptes et donne-moi le chèque. On va perdre le service tel qu'il existe aujourd'hui», regrette-t-il.

Le Québec Express, membre du Groupe Québec Hebdo