Pâques des temps modernes


Publié le 27 mars 2016

RELIGION. Le contraste est flagrant pour l’abbé Pierre Gingras: «On ne pratique plus les temps de jeûne formels, mais les nutritionnistes nous courent après pour qu’on mange du poisson et pas trop de chocolat!» Retour sur l’histoire du carême et les symboliques modernes des jours saints.

Avec le temps, le jeûne propre au carême de Pâques a pris diverses formes et embrassé diverses motivations. De nos jours, «on peut trouver un sens à travers le jeûne de plusieurs choses dans nos vies. Par exemple, jeûner de télévision», fait valoir l’abbé Jimmy Rodrigue. Le choix de se priver d’une certaine «dépendance» n’a cependant pas toujours été permissif.

À l’époque de ses parents et de leurs prédécesseurs, «les gens s’imposaient des pénitences assez sévères», relate l’abbé Pierre Gingras. «Ils ne fumaient pas, ne prenaient pas d’alcool, il y en a même qui ne mangeaient pas du tout de viande. Derrière ça, c’était l’idée qu’on se vidait un peu de soi pour se remplir de Dieu». Lui aussi l’a vécu, «mais pas de façon sévère». «Quand on entrait en carême le mercredi des Cendres, il fallait se priver de certaines choses et le jour du vendredi, on faisait abstinence de viande», se souvient le prêtre.

Carême moderne

Bien que cette époque ne soit pas si lointaine, le nombre de jours officiels de jeûne pendant le carême est désormais réduit à deux au Canada, explique l’abbé Gingras.

L’aspect religieux demeure central pour certains: «C’est pour avoir un moment particulier pour se rappeler ce que Jésus a vécu au désert, avant sa passion, décrit la paroissienne Lise Busque. Lorsque qu’il a été baptisé, l’Esprit l’a poussé au désert pendant 40 jours et il a alors été tenté par l’avoir, l’être et le paraître. Ce sont les mêmes tentations que l’on vit aujourd’hui.»

Certains autres privilégieront l’aspect spirituel: «Ça dépend de la foi que la personne peut avoir. Pour mon épouse et moi, c’est un temps d’arrêt: ça nous fait réfléchir sur les épreuves de la vie courante. C’est une période de ressourcement où on demande au Seigneur de continuer à nous aider», décrit un autre paroissien, qui souhaite vivre sa foi dans l’anonymat.

«Ce qui est intéressant, c’est quand on le voit comme un entraînement; ce mot parle beaucoup aux gens, résume l’abbé Jimmy Rodrigue. On s’entraîne au gym: on sait ce que ça demande comme efforts et aussi d’avoir une bonne diète».

Reconstitutions

La messe précédant le jour de Pâques n’est peut-être pas aussi connue que celle de la veille de Noël, mais elle attirera pas moins d’un demi-millier de personnes à l’église Saints-Martys-Canadiens, prévoit l’abbé Pierre Gingras. La fête donne lieu à des reconstitutions symboliques des grandes étapes décrites dans l’Évangile, explique-t-il.

L’église qui est complètement dépouillée pendant les jours saints devient l’occasion de réunir «les symboles de vie» à la veille de Pâques, un feu y est allumé, puis on maintient une certaine pénombre pour faire place à la Veillée pascale. Les cloches sonnent avec le lever du jour et on accueille des baptêmes avant de lancer officiellement les célébrations de Pâques. «À Noël, il y a la tradition, mais la Veillée pascale fait davantage appel à la foi», résume Pierre Gingras. «Ce sera une assemblée de gens qui ont le goût de célébrer l’évènement de la résurrection», conclut-il.

Québec Hebdo