Malgré son absence, l’ombre d’Émilise Lessard-Therrien plane sur l’ouverture du congrès général de Québec solidaire (QS).
Les raisons de sa démission ont refait surface samedi, obligeant le chef parlementaire du parti, Gabriel Nadeau-Dubois, à poser un acte de contrition.
«Je regrette de n’avoir pas réussi à empêcher son départ. J’ai ma part de responsabilité», a-t-il reconnu dans son discours samedi matin devant quelques centaines de partisans réunis à Jonquière.
À ses côtés, Christine Labrie, qui a remplacé Émilise Lessard-Therrien au pied levé, a déclaré : « Tout le monde aurait préféré qu’Émilise soit au micro en ce moment. J’en suis bien conscient.
Samedi, Radio-Canada a fait état d’un document dans lequel l’ancienne co-chef du parti relate les récriminations contre son parti qui l’ont poussée à démissionner.
Elle dit qu’elle a été invalidée, qu’elle n’avait pas les ressources nécessaires pour faire son travail et qu’elle a été rebutée après un entretien avec la chaîne publique. Lessard-Therrien affirme également qu’il n’y avait aucune alchimie entre elle et son homologue masculin, Gabriel Nadeau-Dubois.
« Il est temps de moderniser Québec solidaire »
La démission a provoqué une onde de choc dans le parti. Après quelques semaines difficiles rythmées par une multitude d’échanges écrits, le congrès général constitue un moment charnière pour Nadeau-Dubois, qui souhaite faire passer la Déclaration du Saguenay auprès de ses membres. Il souhaite également alléger le programme du parti pour le rendre plus « pragmatique ».
Il est temps de moderniser Québec solidaire, comme nous l’avons fait à plusieurs reprises par le passé», a-t-il déclaré à ses partisans. Le leader parlementaire de Québec solidaire a toutefois reçu un coup de pouce cette semaine lorsque la ministre caquiste de l’Habitation, France-Élaine Duranceau, a déposé un projet de loi pour mieux protéger les locataires seniors, une demande de longue date de QS.
Gabriel Nadeau-Dubois n’a pas tardé à souligner cet éventuel gain lors de son discours d’ouverture.
« Nous faisons tous des sacrifices dans notre engagement politique pour une raison. Eh bien, voici ma raison », a-t-il déclaré.
Le parti attend clairement avec impatience des débats houleux ce week-end. La journée de samedi s’est ouverte avec une allocution de Martin Roy, membre du comité d’éthique de QS, visant à rendre les discussions au congrès plus harmonieuses.
« Je nous invite à nous libérer du jeu des reproches, car cela nuit à l’activisme climatique », a-t-il déclaré aux membres. Cette intervention « est une nouvelle pratique développée dans le cadre de nos réflexions sur l’amélioration de nos pratiques saines de débat », affirme le parti.
Cette semaine, le député de QS Alexandre Leduc a écrit une lettre en prévision des débats de la fin de semaine, exhortant les militants à demeurer au sein du parti malgré d’éventuelles déceptions. Samedi, il a reconnu le risque que les membres déchirent leurs cartes.
« J’espère qu’il y en aura le moins possible… J’ai toujours le cœur brisé quand cela arrive », a-t-il déclaré.
Référendum contre l’immigration
Lors de son discours, Nadeau-Dubois en a profité pour fustiger le Parti québécois.
« Nous ne pouvons pas laisser Paul St-Pierre Plamondon transformer le grand et beau projet d’indépendance du Québec en un référendum contre l’immigration », a-t-il déclaré, sous les applaudissements de ses partisans.
Le leader parlementaire de QS a fait un parallèle entre le chef péquiste et le premier ministre François Legault. « Le plus souvent, ils sont d’accord. Le logement, l’école, le français, les services publics ; quel que soit le problème, pour ces deux-là, c’est toujours la faute de l’immigration », a-t-il argumenté.
Il a également attaqué le « bon vieux » Parti libéral pour « rêver du retour des mesures d’austérité ».