Les plateformes de médias sociaux comme TikTok, Instagram et Snapchat ne sont rien de moins que des « pousseurs virtuels », selon le premier ministre François Legault.
«La façon dont fonctionnent les médias sociaux, c’est de rendre les lecteurs dépendants», a déclaré Legault samedi à l’ouverture du congrès général de la Coalition avenir Québec (CAQ), à Saint-Hyacinthe.
« C’est un peu comme s’ils étaient des revendeurs virtuels, comme les drogues, comme les autres substances. »
« C’est inquiétant », a-t-il ajouté. « Cela me fait peur. Cela crée des problèmes de santé mentale majeurs chez les jeunes… Je suis ouvert à prendre des mesures majeures. »
Environ 700 membres de la CAQ se sont réunis à Saint-Hyacinthe pour participer à un congrès général ayant pour thème « Le Québec en changement ».
Au cœur des débats se trouvait la proposition de la jeunesse caquiste de fixer à 16 ans l’âge minimum pour accéder aux réseaux sociaux.
Le 2 mai, Legault a ridiculisé l’idée avancée par le chef du Parti québécois (PQ) Paul St-Pierre Plamondon d’interdire à certains jeunes l’accès aux réseaux sociaux.
Samedi, Isabelle Lecours, députée de Lotbinière-Frontenac, a pris le micro pour rappeler que les jeunes dès 14 ans peuvent consulter un médecin sans autorisation parentale.
« Alors pourquoi les jeunes de 16 ans ne pourraient-ils pas ouvrir un compte Facebook ? » elle a demandé au public.
Le logo Instagram vu sur un téléphone portable à Boston le 14 octobre 2022. (AP Photo/Michael Dwyer, Archives)
Finalement, la proposition de la jeunesse a été fortement amendée : le conseil général a voté pour que la question d’une majorité numérique « à un âge à déterminer » soit étudiée en « commission parlementaire ».
Legault a immédiatement envoyé une lettre aux chefs des partis d’opposition proposant la création d’une commission spéciale multipartite pour étudier l’impact du temps passé devant les écrans et les médias sociaux sur les jeunes.
La commission spéciale pourrait également se pencher sur une éventuelle interdiction des téléphones cellulaires partout dans les écoles, a ajouté le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, lors d’une mêlée de presse.
Aucune date limite n’a encore été fixée pour ces travaux.
Le rôle des parents
D’un autre côté, les partisans de la CAQ soutiennent que l’État ne devrait pas se substituer aux parents. «Est-ce que les parents vont aujourd’hui laisser le gouvernement décider comment élever un enfant? C’est à la cuisine et à la maison que doit se faire la première éducation», a déclaré Roch Laviolette.
Invitée par la CAQ à commenter « les effets des médias sociaux », Emmanuelle Parent, directrice du Centre d’intelligence émotionnelle en ligne, a invité les parents à se regarder dans le miroir.
« Dans un cours, c’était super touchant, je suis sortie tellement émue, un jeune m’a demandé : ‘Madame, quelle est votre astuce pour faire sortir mes parents des écrans ?' », a-t-elle raconté.
« Les enfants de 10 et 11 ans ont dit : ‘Je viens chez mes parents avec une activité concrète.’ Un autre a déclaré : « J’apporte de la nourriture. Si je viens avec un bol de nourriture, vous devez utiliser vos mains, alors il laisse tomber son écran. »
« Chez les adolescents, on entendra : ‘Il l’utilise (l’écran) au dîner, je l’utilise au dîner' », a-t-elle ajouté.
De son côté, la professeure invitée et psychologue Magali Dufour espère que les réseaux sociaux, qu’elle assimile à « un nouveau jouet », finiront par se « stabiliser » et « s’autoréguler ».
« Nous l’avons vu, par exemple, à Amsterdam avec le cannabis… nous l’avons vu aussi avec le poker », a-t-elle déclaré.
Intelligence artificielle
La CAQ a également débattu de l’intelligence artificielle (IA), qui offre des «opportunités exceptionnelles», mais qui «risque… de générer des effets secondaires inattendus», peut-on lire dans le livret des résolutions.
Il a notamment été proposé « d’utiliser l’IA pour réduire le temps et la charge administrative des entreprises et des citoyens dans leurs interactions avec l’État ».
Cette proposition semblait inquiéter certains membres de la CAQ et fut amendée pour prévoir le droit des Québécois de poser leurs questions directement à un employé du gouvernement.
Un congrès général est l’occasion pour les membres d’un parti politique de se réunir pour faire le point et débattre d’idées. Le dernier événement de ce type organisé par la CAQ remonte à mai 2023.
La CAQ s’est réunie à Saint-Hyacinthe à un moment où son parti accusait un retard de 10 points sur le PQ, à un peu plus de deux ans des prochaines élections, selon le dernier sondage Léger.