Un nouveau rapport révèle que les conducteurs sous-payés sont contraints de prendre des risques mortels sur la route
L’industrie canadienne du camionnage est confrontée à un effondrement alors que les conducteurs sont confrontés à des salaires en baisse, à un vol de salaire généralisé et à des risques de sécurité potentiellement mortels, selon un nouveau rapport publié cette semaine.
Le rapport « révolutionnaire », intitulé Courir à vide : les conducteurs de camions au Canada sont sous-payés et surmenés, a été publié par un groupe appelé Justice for Truck Drivers et la West Coast Trucking Association.
Il avertit que la profession ne constitue plus un moyen durable de gagner sa vie.
Le rapport, qui a interrogé 404 conducteurs à travers le pays, dresse un tableau sombre d’une main-d’œuvre essentielle poussée au point de rupture par les pratiques prédatrices des employeurs et un système fédéral d’application des lois « brisé ».
Les camionneurs au Canada sont confrontés à une crise du travail croissante caractérisée par de longues heures de « temps non payé » et des « salaires de pauvreté » par rapport aux exigences intenses du travail. Bien que certaines offres d’emploi annoncent des salaires de 85 000 $ à 105 000 $, ceux-ci représentent souvent des semaines de travail de 60 à 70 heures sans rémunération des heures supplémentaires, ce qui n’est pas obligatoire pour les conducteurs dans de nombreuses juridictions canadiennes.
L’épidémie de vol de salaire
L’une des conclusions les plus stupéfiantes du rapport est le volume considérable de travail non rémunéré. Selon les données, 70 pour cent des conducteurs déclarent ne pas être payés pour toutes les heures qu’ils travaillent. Cela inclut le temps passé à attendre aux frontières, aux quais de chargement ou à effectuer des inspections de véhicules – des tâches essentielles qui sont souvent considérées comme « gratuites » par les employeurs.
En outre, 63 pour cent des conducteurs ont déclaré avoir été victimes d’un vol de salaire total à une ou plusieurs reprises, le montant moyen dû étant de 10 000 $ par conducteur.
« Une grande partie de notre travail essentiel n’est pas rémunérée », déclare Vijaydeep Sahani, président de la West Coast Trucking Association. « Le camionnage n’offre plus un moyen de subsistance équitable ou durable. Nous perdons des milliers et des milliers de dollars chaque année alors que les coûts continuent d’augmenter.
Routes dangereuses : risques forcés et camions dangereux
La crise financière a un impact direct sur la sécurité routière. Le rapport révèle une culture de coercition, dans laquelle les conducteurs subissent souvent des pressions pour donner la priorité au profit plutôt qu’à la vie.
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40 pour cent des conducteurs ont été contraints par leurs employeurs à prendre des risques, comme surcharger les remorques, transporter des marchandises dangereuses de manière inappropriée ou conduire au-delà de la limite d’heures légale.
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60 pour cent des conducteurs ont déclaré avoir été amenés à conduire des camions mal entretenus au moins de temps en temps.
« Il s’agit d’un travail dangereux qui éloigne les conducteurs de leur famille », a souligné Sahani, soulignant que l’absence de rémunération équitable rend ces risques encore plus amers pour la main-d’œuvre.
Le « Driver Inc. » piège
Le rapport met également en lumière la crise des « erreurs de classification », communément connue dans l’industrie sous le nom de Driver Inc. Dans ce modèle, les entreprises traitent les employés conducteurs comme des entrepreneurs indépendants pour éviter de payer des prestations, du RPC, de l’AE et des impôts.
L’enquête a révélé que 42 pour cent des chauffeurs de l’entreprise estiment qu’ils sont actuellement classés à tort comme entrepreneurs indépendants. Alors que le gouvernement fédéral a récemment annoncé une répression contre ce modèle par l’intermédiaire de l’ARC, les défenseurs affirment que le mal est déjà fait pour des milliers de travailleurs.
BaieAujourd’hui a contacté la ministre de l’Emploi et de la Famille, Patty Hajdu, pour commenter le rapport, mais n’a reçu aucune réponse.
Un appel à la justice
Navi Aujla, directrice des services aux Labour Community Services de Peel, affirme que le système actuel de récupération des salaires volés est « lent et surchargé ».
« Chaque année, des centaines de conducteurs nous contactent au sujet de leurs salaires impayés… et pourtant, le système fédéral d’application des lois a des taux de réussite très faibles », explique Aujla. « Le vol de salaires continue de rester incontrôlé tandis que les conducteurs attendent des années pour obtenir justice qu’ils n’obtiennent souvent jamais. »
Le rapport appelle à une intervention fédérale immédiate, notamment des sanctions plus sévères en cas de vol de salaire, une application plus stricte des normes de sécurité et la fin complète de la mauvaise classification des travailleurs. Alors que les chaînes d’approvisionnement restent fragiles, le message des camionneurs canadiens est clair : les personnes qui transportent les marchandises du pays ne peuvent plus se permettre de le faire gratuitement.
BaieAujourd’hui contacté Transports Canada pour obtenir une réponse.
« Le vol de salaire est illégal en vertu de la Code canadien du travailet le gouvernement du Canada prend ces conclusions au sérieux. Le gouvernement s’engage à protéger les droits et avantages des travailleurs en vertu du Code. et veiller à ce que les employeurs respectent la loi.
Depuis le 1er avril 2024, le Programme du travail a émis 981 ordonnances de paiement totalisant 5,8 millions de dollars dans le secteur du transport routier pour violations des normes du travail, y compris des salaires impayés et d’autres montants.
Le Énoncé économique de l’automne 2024 a annoncé la nécessité de mieux protéger les travailleurs canadiens contre le vol de salaire. Par conséquent, le Programme du travail consultera les intervenants sur l’augmentation des sanctions administratives pécuniaires imposées aux employeurs sous réglementation fédérale qui commettent un vol de salaire. De plus, le Programme du travail a ciblé
Ces améliorations seront mises en œuvre dans les semaines et les mois à venir et comprennent la possibilité d’imposer des pénalités quotidiennes en cas d’infractions répétées, un langage plus strict dans les ordonnances de conformité, une désignation publique élargie des violations administratives liées à une mauvaise classification et une plus grande flexibilité pour émettre des SAP en temps opportun.
La réponse envoyée par courrier électronique indique également que le gouvernement a pris un certain nombre de mesures concrètes pour lutter contre les erreurs de classification dans le secteur du transport routier sous réglementation fédérale.
« Les erreurs de classification sont devenues illégales en 2021, et les modifications législatives entrées en vigueur en juin 2024 ont renforcé l’application de la loi en créant une présomption selon laquelle les travailleurs sont des employés, sauf preuve du contraire. Le Programme du travail utilise une gamme d’outils pour promouvoir la conformité, notamment des inspections, des programmes d’éducation et de sensibilisation, ainsi que des SAP.
« Pour soutenir une application plus stricte, le Énoncé économique de l’automne 2022 a investi 26,3 millions de dollars sur cinq ans, à compter de 2023-2024, pour prendre des mesures plus énergiques contre les employeurs non conformes. Cet investissement
« Ce travail a récemment été renforcé par des inspections éclair dans les régions de Hamilton et du Grand Toronto, et d’autres régions sont prévues.
« Le Programme du travail travaille en étroite collaboration avec les provinces et d’autres partenaires fédéraux à des activités de sensibilisation conjointes et d’application coordonnée partout au Canada. Des activités de sensibilisation récentes auprès des chauffeurs de camion ont eu lieu dans des postes de pesée en Ontario et au Québec, ainsi qu’au port de Montréal.
« Les renseignements recueillis dans le cadre de ces activités sont partagés avec l’Agence du revenu du Canada (ARC), le cas échéant, pour soutenir une application coordonnée. Dans le cadre du budget 2025, le gouvernement a annoncé son intention de modifier le Loi de l’impôt sur le revenu et le Loi sur la taxe d’accise permettre à l’ARC de partager des renseignements sur les contribuables et des renseignements confidentiels liés à la classification des travailleurs avec Emploi et Développement social Canada (EDSC). Cela permettrait à EDSC d’accéder à de meilleurs renseignements pour remédier plus efficacement aux erreurs de classification des conducteurs dans l’industrie du camionnage et compléterait l’entente existante de partage d’informations avec le Programme du travail.
BaieAujourd’hui J’ai demandé que, étant donné que 40 pour cent des conducteurs déclarent être obligés de prendre des risques en matière de sécurité, comment le Programme du travail se coordonne-t-il avec Transports Canada pour pénaliser les entreprises qui contraignent les conducteurs à enfreindre les règles de sécurité ?
« Le Programme du travail et Transports Canada ont des rôles réglementaires distincts mais complémentaires en ce qui concerne les opérations de camionnage sous réglementation fédérale.
« La sécurité des véhicules commerciaux au Canada est une responsabilité partagée entre les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux. Loi sur les transports routiers (MVTA), Transports Canada est responsable de certaines questions opérationnelles liées aux activités commerciales d’autobus et de camionnage sous réglementation fédérale, telles que la réglementation sur les heures de service des conducteurs. Les provinces et les territoires sont responsables de l’application de la réglementation fédérale ainsi que de la réglementation et de l’application de leurs propres exigences, notamment la formation et l’immatriculation des conducteurs, l’assurance et les inspections des véhicules ainsi que les règles de la route (par exemple, les limites de vitesse).
« Transports Canada travaille avec les provinces et les territoires pour promouvoir une approche nationale cohérente en matière de sécurité des véhicules commerciaux par l’intermédiaire du Conseil canadien des administrateurs en transport motorisé (CCATM). Cela comprend l’administration, la surveillance et le maintien du Code national de sécurité (CNS) pour les transporteurs routiers, qui établit 16 normes de sécurité opérationnelle pour les véhicules commerciaux.
« Le Programme du travail est responsable de faire respecter les normes du travail et les exigences en matière de santé et de sécurité au travail liées aux conditions de travail.
« Dans le cadre de ce travail, le Programme du travail a mené une inspection éclair dans la région du Grand Toronto et de Hamilton en décembre, axée sur l’identification des cas de non-conformité dans le secteur du transport routier sous réglementation fédérale. Cette opération éclair a donné lieu à 188 inspections de classification erronée et à 165 inspections en matière de santé et de sécurité. Lorsque des violations potentielles sont constatées, le Programme du travail effectue un suivi en effectuant une inspection complète.