Une nouvelle poussée en faveur des biocarburants et des biomatériaux pourrait remodeler l’économie forestière du Nord de l’Ontario
Le Nord de l’Ontario a subi les conséquences d’un secteur forestier construit autour d’un seul client et d’un ensemble restreint de produits de base.
De Kapuskasing à Dryden, les fermetures et les réductions d’usines ont contraint les communautés à entrer dans un cycle de réaction plutôt que de renouveau – répondant aux chocs externes plutôt que de façonner leur propre avenir économique.
Il ne s’agit pas d’un ralentissement cyclique. C’est un échec structurel.
Pendant des décennies, le Canada a bâti son économie forestière autour d’un marché d’exportation unique et d’un ensemble restreint de produits de base. Cette stratégie s’avère désormais dangereusement fragile. Notre partenaire commercial le plus proche s’est révélé peu fiable, et le coût d’une dépendance excessive est payé par les travailleurs ruraux et les régions de tout le pays.
Le Canada n’a pas de problème forestier. Nous avons un problème de diversification des marchés.
L’expérience du Nord de l’Ontario illustre le risque de dépendance excessive plus clairement que n’importe quel document d’information politique ne le pourrait jamais. Le problème n’est pas un manque de fibres, de compétences ou de patrimoine industriel. Le Nord de l’Ontario possède ces trois éléments en abondance. Le problème est l’accès au marché – plus précisément l’absence de l’infrastructure nécessaire pour transformer les atouts forestiers régionaux en opportunités sur lesquelles les investisseurs mondiaux peuvent agir.
Ironiquement, l’incertitude mondiale actuelle a créé une opportunité unique dans une génération. La volatilité politique aux États-Unis pousse les fabricants mondiaux à réévaluer où investir. Le capital est mobile et les entreprises des secteurs des biocarburants, de la bioénergie, des produits chimiques renouvelables et des matériaux avancés recherchent activement des juridictions stables dans lesquelles construire de nouvelles installations de production. Le Canada peut et doit figurer en tête de liste, mais nous devons construire l’infrastructure de base pour y parvenir.
D’autres pays ont déjà montré à quoi ressemble un investissement dans des infrastructures habilitantes. La Finlande poursuit une stratégie nationale visant à doubler la valeur de son secteur forestier sans récolter davantage de bois, en délaissant les exportations de matières premières et en se tournant vers des produits du bois avancés, des produits chimiques renouvelables et des biocarburants.
Des entreprises telles que Metsä Group, Stora Enso, UPM et Neste ont transformé leurs anciens actifs de pâtes et papiers en plates-formes compétitives à l’échelle mondiale pour le diesel renouvelable, le carburant d’aviation durable, les biomatériaux et le bois d’ingénierie. La Finlande a construit l’infrastructure nécessaire pour catalyser le développement rapide de nouveaux marchés – et cela fonctionne.
Le Canada, et le Nord de l’Ontario en particulier, devraient être bien placés pour rivaliser. Le Canada possède le même avantage en matière de matières premières, le même savoir-faire industriel et le même accès à des marchés de capitaux approfondis. Pourtant, les investissements continuent d’affluer ailleurs. Ce qui manque au Canada, c’est l’infrastructure de base nécessaire pour assurer la diversification des marchés dont notre économie forestière a désespérément besoin.
L’un des éléments les plus négligés de l’infrastructure industrielle concerne les données et les renseignements de qualité investissement. Des ensembles de données cohérents, crédibles et standardisés à l’échelle nationale sur la disponibilité des ressources de biomasse forestière, la capacité des infrastructures, l’état de préparation de la main-d’œuvre et les voies d’autorisation donnent aux développeurs et aux investisseurs du monde entier la clarté nécessaire pour identifier rapidement les emplacements optimaux à travers le pays pour construire de nouvelles usines de biofabrication à moindre risque, en particulier sur les anciens sites d’usines.
Lorsque cette clarté existe, les projets avancent plus rapidement – de la sélection du site au financement en passant par la construction – permettant au Canada de catalyser et d’accélérer le développement de nouvelles installations qui transforment la fibre ligneuse en produits de plus grande valeur destinés à un usage national et à l’exportation mondiale.
Il est important de noter que ce type de renseignements de qualité investissement est déjà produit par le biais de désignations fondées sur les normes de la CSA, connues sous le nom de zones d’opportunités de développement de biocarburants (BDO).
Les zones BDO fonctionnent comme une infrastructure orientée vers le marché, traduisant les données sur les matières premières, les sites, les infrastructures et permettant des signaux d’investissement qui accélèrent le développement de projets. Cette approche a été associée à des milliards de dollars de nouveaux projets de biofabrication annoncés en Amérique du Nord, y compris l’annonce récente d’une usine de 845 millions de dollars par Provectus Biofuels dans la zone BDO de Vegreville, en Alberta.
Les bénéfices sont tangibles. Une seule grande installation de production de biocarburants peut générer des centaines, voire des milliers d’emplois dans la construction et dans l’exploitation permanente, souvent dans les régions les plus durement touchées par les fermetures d’usines de pâte à papier. Une recherche indépendante examinant les projets de biofabrication annoncés dans les zones BDO montre que ces installations peuvent générer des centaines de millions de dollars par an en impact économique total dans les économies rurales.
Mettre les données de la zone BDO prêtes à l’emploi entre les mains des équipes d’investissement mondiales du Canada améliorerait considérablement leur capacité à attirer de nouveaux investissements dans le pays.
Pour les communautés du Nord de l’Ontario, cette approche offre une voie à suivre qui ne dépend pas de la réouverture des usines d’hier ou de l’attente d’une politique de sauvetage. Cela crée les conditions nécessaires à l’émergence de nouvelles formes d’industrie manufacturière forestière – ancrées dans les actifs existants, alignées sur la demande mondiale et capables de créer des emplois à long terme.
Le Canada dispose déjà d’un réseau mondial de commerce et d’investissement solide et performant grâce à Investir au Canada et au Service des délégués commerciaux. Ce qui manque, c’est une couche d’intelligence standardisée au niveau du site qui permette à ces équipes de réagir rapidement et en toute confiance lorsque des entreprises mondiales envisagent d’investir dans la biofabrication.
Les données de la zone BDO peuvent fournir cette base – agissant comme un multiplicateur de force – leur permettant de faire leur travail plus efficacement et d’attirer des milliards de dollars dans de nouvelles usines produisant des biocarburants, des produits chimiques renouvelables et des biomatériaux à partir du bois canadien.
Le nouveau Groupe de travail sur la transformation du secteur forestier canadien du gouvernement fédéral ouvre une fenêtre cruciale pour remédier aux faiblesses structurelles de l’économie forestière du Canada. En permettant la diversification des marchés des produits forestiers et en réduisant la dépendance à l’égard des États-Unis, les zones BDO méritent d’être prises en compte dans le cadre de ce travail.
Le Canada n’a pas choisi cette crise. Mais il peut choisir comment il réagit.
Nous pouvons continuer à réagir aux fermetures, aux chocs commerciaux et aux pertes d’investissements – ou nous pouvons construire l’infrastructure de données et d’exécution qui permet à de nouveaux marchés de se former, de construire de nouvelles usines et de capter une nouvelle valeur dans notre pays. Ce choix déterminera si ce moment restera dans les mémoires comme une autre occasion manquée ou comme un tournant pour l’économie forestière du Canada.
Jordan Solomon est président-directeur général d’Ecostrat, président de la Biofuel Development Opportunity Zone Initiative et une autorité mondiale en matière de stratégie d’investissement dans les forêts et la biomasse.