Certains des moments les plus emblématiques de l’histoire olympique se sont déroulés sur des cure-pieds. Il y a une raison pour laquelle le patinage artistique figure toujours parmi les sports les plus populaires auprès du public. Il a tout pour plaire : des qualités athlétiques, un talent artistique et un flux constant de scandales et de drames hors glace.
Vendredi, les premiers patineurs artistiques participant aux Jeux olympiques d’hiver de Milan Cortina monteront sur la glace pour l’épreuve par équipe. Pour marquer l’occasion, le Globe and Mail a fait l’impossible et dressé une liste des 10* performances olympiques de patinage artistique les plus mémorables de tous les temps.
*Il était en fait impossible de le réduire à 10, nous avons donc un top 11.
11 : Yuna Kim, Vancouver, 2010
Il y a une raison pour laquelle elle s’appelle la reine Yuna et est considérée comme une superstar non seulement dans sa Corée du Sud natale, mais dans le monde entier. La performance sans faille et record de Yuna Kim pour Concerto en fa aux Jeux olympiques de Vancouver en 2010 restera dans les livres d’histoire. (Point de vue canadien : l’entraîneur de Kim à l’époque était le légendaire Brian Orser.)
10 : Shae-Lynn Bourne et Victor Kraatz, Nagano, 1998
Bien avant les Jeux Olympiques de Salt Lake City en 2002 – lorsque l’inconduite généralisée des juges en patinage artistique a finalement été révélée sans équivoque – les athlètes méritants se voyaient voler leurs médailles. Les Canadiens Shae-Lynn Bourne et Victor Kraatz comptent parmi les principales victimes du système. Ils ont raté de peu le podium à deux Jeux olympiques, bien qu’ils soient l’une des équipes les plus excitantes et innovantes au monde.
Médaille ou pas, leur Danse fluviale aux Jeux de 1998 est considéré comme l’un des programmes les plus légendaires de l’histoire du patinage artistique au Canada. (En 2003, le duo est devenu la première équipe de danse sur glace nord-américaine à remporter les Championnats du monde de patinage artistique de l’ISU.)
9 : Surya Bonaly, Nagano, 1998
Tout au long des années 1990, peu de patineuses étaient aussi athlétiques et dynamiques que la Française Surya Bonaly, qui a remporté cinq titres européens et trois médailles d’argent mondiales au cours de sa carrière. Elle pouvait même effectuer un saut périlleux sur la glace, bien que ce mouvement soit illégal car jugé trop risqué et ne constitue pas un « vrai » saut de patinage artistique car il ne pouvait (prétendument) pas être posé sur un pied. Mais aux Jeux de Nagano en 1998, Bonaly – qui a souvent été critiquée pour ne pas être assez artistique – est entrée dans l’histoire lorsqu’elle a inséré un backflip dans son programme, atterrissant gracieusement sur un pied.
Elle n’a jamais remporté de médaille olympique, mais ce moment – une patineuse refusant qu’on lui dise de modérer ses capacités – est l’un des plus emblématiques de l’histoire olympique. Le backflip est désormais légal et ce seront les premiers Jeux depuis 1998 où les patineurs réaliseront cet exploit dans une compétition olympique.
8 : Brian Orser, Calgary, 1988
La Bataille des Brian aux Jeux olympiques de Calgary de 1988 a été l’un de ces phénomènes de patinage artistique qui ont fait irruption dans le sport et dans la culture plus large. Dans un coin se trouvait Brian Orser du Canada. De l’autre, l’Américain Brian Boitano. Les deux hommes étaient rivaux de longue date et échangeaient fréquemment la première place. Cependant, à Calgary, Boitano a réussi à devancer Orser de peu pour remporter l’or. Près de quatre décennies plus tard, cette rivalité reste l’une des plus mémorables du patinage artistique.
7 : Elvis Stojko, Lillehammer, 1994
Elvis Stojko, triple champion du monde, a participé à quatre Jeux olympiques et remporté deux médailles d’argent. Les programmes de ces deux patins qui ont terminé sur le podium sont emblématiques de différentes manières. À Nagano en 1998, le Canadien a dû lutter contre une grave blessure à l’aine – qu’il avait gardée secrète – et a quand même réussi à réaliser une incroyable performance digne d’une médaille. Mais en fin de compte, le patinage déterminant de Stojko sera toujours sa routine de 1994 pour Dragon : L’histoire de Bruce Lee. Dans ce programme, Stojko, qui détenait une ceinture noire de karaté, a fait preuve d’un talent artistique atypique pour ce sport.
6 : Elizabeth Manley, Calgary, 1988
C’est le patinage qui a inspiré une génération de jeunes filles à demander à leurs parents des cours de patinage artistique : la Canadienne Elizabeth Manley a réalisé la performance de sa vie pour remporter une médaille d’argent à domicile, à Calgary. L’image de Manley – un outsider dans un événement mettant en vedette Katarina Witt et Debi Thomas – recevant joyeusement ses notes tout en portant un chapeau de cowboy blanc suscite une pure joie.
5 : Joannie Rochette, Vancouver, 2010
Lorsque la Canadienne Joannie Rochette est arrivée aux Jeux olympiques de Vancouver en 2010, les attentes étaient élevées. Elle a été six fois championne nationale et médaillée d’argent mondiale. Et puis l’impensable s’est produit : deux jours seulement avant qu’elle soit prête à concourir, sa mère est décédée d’une crise cardiaque soudaine à l’âge de 55 ans. Les Rochette venaient d’arriver à Vancouver pour s’occuper de leur fille.
Ce qui s’est passé ensuite est devenu un moment déterminant des Jeux de 2010. Rochette a pris la glace et – tout en retenant ses larmes – a exécuté un programme court sans faille qui a mis la foule locale sur pied. Elle a ensuite remporté la médaille de bronze.
4 : Ekaterina Gordeeva et Sergueï Grinkov, Lillehammer, 1994
La performance d’Ekaterina Gordeeva et Sergei Grinkov de Sonate au clair de lune C’est une magie de fond en comble, mariant parfaitement les deux composantes du sport : technique et artistique. Une partie de ce qui a rendu le programme si convaincant à l’époque était l’histoire d’amour entre le couple russe, qui s’est associé alors qu’ils n’étaient que des enfants. Tragiquement, Grinkov est décédé un an plus tard d’une grave crise cardiaque. Il n’avait que 28 ans.
3 : Jamie Salé et David Pelletier, Salt Lake City, 2002
C’est le programme qui a changé pour toujours le patinage artistique. Celui de Jamie Salé et David Pelletier Histoire d’amour à Salt Lake City a été si indéniablement merveilleux qu’il a mis à nu les scandales du jugement qui ont longtemps tourmenté ce sport. Malgré un patinage parfait, le duo canadien s’est classé deuxième derrière les Russes Elena Berezhnaya et Anton Sikharulidze, qui avaient chancelé.
Peu de temps après, la juge française Marie-Reine Le Gougne a affirmé qu’elle avait subi des pressions pour soutenir l’équipe russe en échange de notes favorables pour les danseuses sur glace françaises, Gwendal Peizerat et Marina Anissina (qui a remporté l’or). Une décision a été prise de nommer Salé et Pelletier co-médaillés d’or aux côtés des Russes. À l’avenir, le scandale a conduit à une refonte du système de notation du patinage artistique afin de le rendre moins subjectif et moins susceptible de tricher.
2 : Jayne Torvill et Christopher Dean, Sarajevo, 1984
Certaines performances sont si puissantes qu’elles réclament à jamais un morceau de musique, comme retirer le maillot d’un basketteur. C’est pourquoi même quelques notes de Boléro évoquera toujours l’image de Jayne Torvill et Christopher Dean aux Jeux Olympiques de Sarajevo en 1984. Le patin emblématique de l’équipe britannique de danse sur glace repoussait les limites de la discipline à l’époque et obtenait d’incroyables notes parfaites dans tous les domaines – neuf 6,0 – en termes d’impression artistique de la part du jury.
1 : Tessa Virtue et Scott Moir, Pyeongchang, 2018
À moins que vous ne viviez sous un rocher, vous saviez que cela allait arriver : la performance olympique de patinage artistique la plus mémorable de tous les temps est celle des Canadiens Tessa Virtue et Scott Moir aux Jeux olympiques de Pyeongchang 2018. Lorsque les partenaires de longue date de la danse sur glace sont arrivés à ces Jeux, ils étaient déjà champions olympiques, ayant gagné à Vancouver en 2010. Mais après une médaille d’argent à Sotchi en 2014 – et une interruption de compétition de deux ans – l’équipe a effectué un retour épique culminant avec leur Moulin-Rouge chef-d’œuvre.
L’alchimie du duo sur la glace à Pyeongchang a attiré l’attention des fans de patinage et de non-patinage, créant une folie mondiale pour Tessa et Scott. Le couple a remporté deux autres médailles d’or à ces Jeux – une dans l’épreuve par équipe et une en danse sur glace – devenant ainsi les patineurs artistiques les plus décorés de l’histoire.
Mentions honorables :
Katarina Witt Carmen aux Jeux olympiques de Calgary en 1988.
Celui de Kurt Browning Casablanca aux Jeux Olympiques de Lillehammer en 1994.
Médaille de bronze de Toller Cranston aux Jeux Olympiques d’Innsbruck en 1976.
Tous les concurrents médaillés d’or d’Équipe Canada lors de l’épreuve par équipe 2018 à Pyeongchang : Gabrielle Daleman, Kaetlyn Osmond, Patrick Chan en court et libre, Tessa Virtue et Scott Moir en court et libre et Meagan Duhamel et Eric Radford en court et libre.