Revue de théâtre : « Le meurtre d’Agatha Christie à l’Orient Express », scène du Vermont

UNUn train traverse l’Europe et, dans une tempête de neige, un meurtre a lieu dans le wagon de première classe. Un train en mouvement est un décor difficile à créer dans un théâtre, mais Vermont …

Revue de théâtre : « Le meurtre d'Agatha Christie à l'Orient Express », scène du Vermont

UNUn train traverse l’Europe et, dans une tempête de neige, un meurtre a lieu dans le wagon de première classe. Un train en mouvement est un décor difficile à créer dans un théâtre, mais Vermont Stage a produit une production élégante digne de celle d’Agatha Christie. Meurtre à l’Orient Express. Grâce à la structure soignée de l’adaptation de Ken Ludwig et à la mise en scène luxuriante de ce spectacle, le mystère du meurtre de 1934 entraîne les spectateurs dans un train et dans une autre époque.

Le crime est déroutant et un mystère classique en cercle fermé dans lequel les suspects, la victime et le détective restent tous ensemble jusqu’à ce que l’énigme soit résolue… ou que le tueur frappe à nouveau. Heureusement, le brillant détective Hercule Poirot (John Nagle) est à bord.

Les personnages de la pièce arrivent sur le quai du train avec de jolis bagages à main et ne manquent pas de bizarreries. Parce qu’il s’agit d’un mystère de meurtre, chaque remarque inutile ou extrait de contexte est mûr pour un examen minutieux. Cette princesse russe (Alex S. Hudson) cache-t-elle des secrets aussi sombres que son élégant pardessus noir ? Pourquoi sa servante (Hayley Ryan) semble-t-elle si nerveuse et crie-t-elle si souvent ?

Qui est cet homme d’affaires secret (William Wilder) qui boite ? Qu’est-ce qui rend nerveux son secrétaire personnel (Ian Walls) : son innocence ou sa culpabilité ?

L’imperturbable célibataire (Marielle Rousseau) est-elle aussi une femme fatale ? Elle a certainement captivé le colonel écossais (Wilder). Le conducteur de train efficace (Caleb Roman) pourrait-il avoir une raison pour correspondre à son moyen de clé d’accès ? Pourquoi l’impétueuse veuve américaine (Chris Caswell) doit-elle être au centre de l’attention ? La comtesse scientifiquement formée (Abby Maurice) aidera-t-elle à résoudre le mystère ou à obscurcir la vérité ? D’ailleurs, Poirot est-il trop captivé par elle pour évaluer son personnage ? Et bien que le directeur du train (Cael Barkman) soit au-dessus de tout soupçon en tant que collègue de Poirot, va-t-il bouleverser son travail en détournant tout blâme de son entreprise ?

En créant ce groupe de personnes, dont une victime de meurtre parfaitement méritante, Ludwig élimine certains des personnages de Christie pour rendre la pièce gérable et en fusionne quelques-uns pour attribuer tous les points de l’intrigue. Pour intégrer autant de personnes dans une pièce vivante, il doit construire des personnages minces, mais il compense en mettant l’accent sur leurs particularités comiques. Le dialogue est parsemé de zingers.

Le réalisateur Jordan Gullikson a su convaincre l’ensemble du casting d’une délicieuse légèreté comique. Les acteurs transmettent avant tout l’élégance d’une vie vécue en première classe, même à ceux qui passent leur temps à servir. Ces personnages affrontent le meurtre en connaisseurs du crime, désireux de montrer leur sensibilité exacerbée tout en préservant une distance antiseptique par rapport au véritable gore. Gullikson compose le divertissement que chaque personnage excentrique peut offrir.

Nagle donne à Poirot une curiosité brillante, balayant l’admiration des autres personnages pour sa renommée pour se concentrer sur sa fascination pour les autres, ce qui signifie scruter clairement chaque suspect avant même le crime. La plupart des détectives fictifs sont un peu trop influencés par l’esprit de l’auteur, et la révélation vive de Poirot présente quelques lacunes, mais nous les négligeons pour l’élégance du résultat et pour la grande précision de Nagle dans l’annonce de ses conclusions.

Caswell est brillant dans le rôle du touriste américain effronté, arrachant toute la gentillesse naïve d’un accent du Minnesota tout en jugeant tout le monde.

Caswell est brillant dans le rôle du touriste américain effronté, arrachant toute la gentillesse naïve d’un accent du Minnesota tout en jugeant tout le monde. Barkman, qui joue le rôle du dirigeant du train, se perd un peu dans son accent français mais compense par des mouvements élégants et des réactions comiques vives. Roman n’est que le chef d’orchestre impassible dont on a besoin en cas d’urgence, et il fait également office de serveur parfaitement impérial.

Les acteurs sont habilement secondés par la costumière Sarah Sophia Lidz, qui ne néglige aucun détail. En plus d’une magnifique moustache, Poirot arbore plusieurs monocles et loupes rentrés dans un gilet élégant. La bouche bruyante de l’Américaine est amplifiée par ses grands motifs et ses colliers de perles audacieux. Le colonel romantique est mis en valeur par ses tweeds bien ajustés et la talentueuse comtesse s’habille pour impressionner. Chaque costume raconte une histoire aussi riche que les dialogues.

L’adaptation de Ludwig a été créée en 2017. La première version cinématographique du roman est sortie en 1974, on peut donc se demander pourquoi il a fallu si longtemps pour attirer un tel public au théâtre. Mais la mécanique scénique est intimidante : ce qu’un livre peut faire avec une description ou un film avec un montage, une pièce de théâtre doit le mettre sous nos yeux. Il n’y a pas de raccourci pour créer un train réaliste, et Vermont Stage est un véritable étourdissement.

Pour rendre la pièce effectivement théâtrale, Ludwig met en scène des scènes à plusieurs endroits du train. Ici, le scénographe Jeff Modereger et toute l’équipe technique excellent. Le wagon-salon du train est somptueusement aménagé, des détails des fenêtres aux antimacassars sur de magnifiques tissus d’ameublement. Un petit changement rapide le convertit en deux des chambres de première classe, et une touche finale produit un couloir de train. Aucun de ces paramètres ne repose sur des indications abstraites ; chacun est entièrement réalisé, des portes à persiennes aux fauteuils, et les spectateurs ont une réelle sensation de rouler dans un tel luxe.

Les mystères d’Agatha Christie sont de petits puzzles apaisants, et cette production est un divertissement léger idéal. Bien qu’il ne fournisse aucun indice, cet critique promet que la solution est plutôt intelligente. Mais la vraie beauté du spectacle réside dans sa splendeur visuelle, sa comédie, ses accents, ses costumes et ses personnages tous azimuts. C’est très amusant de piloter ce genre de première classe. ➆

Le meurtre d’Agatha Christie à l’Orient Expressadapté par Ken Ludwig, réalisé par Jordan Gullikson, produit par Vermont Stage. Jusqu’au 22 février : du jeudi au samedi et le mercredi 18 février, à 19h30 ; et les samedis et dimanches, à 14 h, au Black Box Theatre, Main Street Landing Performing Arts Center, à Burlington. 39-59 $.