Trudeau et le président français Macron se rencontrent à Ottawa alors que les défis liés aux accords commerciaux se poursuivent

OTTAWA – Le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre Justin Trudeau ont déclaré que leurs gouvernements collaboreraient davantage sur des questions allant de la guerre en Ukraine à l’ingérence étrangère, alors qu’ils font …

Prime Minister Justin Trudeau, right, greets French President Emmanuel Macron outside Rideau Cottage in Ottawa on Sept. 25, 2024. (Justin Tang / The Canadian Press)

OTTAWA –

Le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre Justin Trudeau ont déclaré que leurs gouvernements collaboreraient davantage sur des questions allant de la guerre en Ukraine à l’ingérence étrangère, alors qu’ils font face à la montée du populisme et de la désinformation.

« En ces temps troublés, nous avons un agenda extrêmement aligné », a déclaré Macron en français lors d’une visite jeudi sur la Colline du Parlement, remerciant Trudeau pour « l’hospitalité et surtout la vision partagée ».

Macron est arrivé mercredi soir pour une courte visite à Ottawa et à Montréal, les deux hommes discutant d’une multitude de questions allant de la langue française et de la protection des océans à la crise des gangs en Haïti et à la défense.

Concernant Haïti, Macron a laissé entendre que la France pourrait enfin répondre aux exigences de Trudeau, qui demande depuis deux ans que Paris sanctionne certaines élites politiques et économiques d’Haïti, à qui le Canada et les États-Unis ont interdit les transactions financières sur la base de leur soutien aux gangs qui terrorisent le pays.

« Nous prendrons les mesures nécessaires en termes de sanctions ou d’équipements, comme nous en avons discuté nous-mêmes (en France) et au sein des instances européennes », a déclaré Macron à la presse.

Les deux hommes ont également évoqué l’escalade de la violence entre Israël et le Liban, ainsi que les efforts menés par la France et les États-Unis pour obtenir un cessez-le-feu de trois semaines, qu’Israël a rejeté malgré le soutien des pays du G7 et des États du Golfe. Macron a déclaré qu’il ne considérait pas ce rejet initial comme la réponse finale d’Israël à la proposition.

Cette visite fait suite à un vote du Sénat français en mars visant à rejeter l’accord commercial entre l’Union européenne et le Canada, contre la volonté de Macron.

Il a déclaré que « les esprits se sont enflammés » à propos de l’accord, connu sous le nom de CETA, mais il est convaincu que l’accord sera pleinement mis en œuvre, notant que la majeure partie de l’accord est opérationnel et stimule le commerce à la fois pour la France et le Canada.

« Si quelqu’un est contre le CETA aujourd’hui, c’est quelqu’un qui ne veut plus jamais conclure d’accords commerciaux avec qui que ce soit, car il présente les meilleures normes parmi tous les (accords) que nous avons ratifiés », a déclaré Macron en français.

Après la réunion officielle sur la Colline du Parlement, Macron s’est envolé pour Montréal, où il devait rencontrer jeudi après-midi le premier ministre du Québec, François Legault, pour discuter de l’intelligence artificielle.

Leurs deux gouvernements ont supervisé des mesures qui limitent le rôle de la religion dans la sphère publique.

Depuis 2004, la France dispose d’une loi interdisant les symboles et vêtements religieux ostentatoires dans les écoles publiques, notamment les hijabs et les kippas ainsi que les grandes croix chrétiennes. De telles politiques ont inspiré des lois comme le projet de loi 21 du Québec, qui, depuis 2019, empêche les femmes musulmanes d’accéder à de nombreux emplois gouvernementaux.

Macron a déploré que la politique française ait été caricaturée dans le monde anglophone et ait provoqué des débats controversés. « Le modèle français de laïcité n’est pas un modèle d’exclusion des religions », a déclaré Macron, tout en soulignant que la France n’impose pas ce modèle aux autres pays.

« Si cela inspire (d’autres), je m’en félicite, mais chacun doit poursuivre son modèle de manière démocratique », a-t-il déclaré, en s’appuyant sur l’histoire locale et le vivre ensemble en harmonie.

Trudeau et Macron ont tous deux été confrontés à une montée des mouvements populistes et à un mécontentement qui a remis en question les politiques de chaque pays en matière de changement climatique et d’immigration. Cet été, les alliés de Macron ont perdu le contrôle de l’Assemblée législative nationale lors d’élections anticipées qui ont vu une hausse de la participation des partis de gauche et de droite.

Le gouvernement Trudeau a connu une baisse soutenue dans les sondages en raison de la frustration suscitée par les coûts du logement, aggravée par un boom de l’immigration à court terme.

Par ailleurs, les deux dirigeants ont approuvé jeudi une déclaration commune sur un « partenariat de défense et de sécurité plus fort ».

La déclaration s’appuie sur des travaux remontant au débarquement du jour J, il y a 80 ans, et s’engage à « lutter contre l’ingérence étrangère et la manipulation de l’information ».

Il s’engage à « renforcer notre coopération dans le domaine du soutien en matière d’équipements militaires à l’Ukraine et à la formation » et à poursuivre les efforts en cours pour rapatrier les enfants enlevés par la Russie.

« Le Canada et la France soutiendront l’Ukraine aussi longtemps qu’il le faudra pour contrecarrer la guerre d’agression de la Russie », peut-on lire dans le communiqué qui, contrairement à certaines déclarations canadiennes précédentes, ne mentionne pas la victoire pure et simple de l’Ukraine.

Les deux dirigeants affirment que cette déclaration « nous permettra de fournir un soutien plus efficace à l’Ukraine ».

Dans l’Indo-Pacifique, les deux pays renforceront « leur analyse stratégique et militaire » et étudieront les possibilités de missions de patrouille conjointes, comme la possibilité d’intégrer le soutien canadien dans le déploiement d’un porte-avions français.

Les deux pays vont également accroître leur communication pour mieux répondre aux « opérations d’ingérence étrangère et de manipulation de l’information ».

Macron et Trudeau étaient à New York en début de semaine pour l’ouverture de l’Assemblée générale des Nations Unies, et ils se retrouveront la semaine prochaine, cette fois en France, pour le sommet de la Francophonie.

Macron s’est rendu au Canada pour la dernière fois en 2018 pour une réunion des dirigeants du G7, mais aucun président français n’a effectué de visite officielle et autonome au Canada depuis une décennie.

Avec des dossiers d’Émilie Bergeron à Montréal.