AVIS : En matière d’immigration rurale et nordique, l’Ontario devrait faire preuve d’audace

L’expansion du projet pilote régional d’immigration contribuerait à atténuer les pénuries de main-d’œuvre dans le Nord, déclare le PDG du groupe de réflexion Dans une démarche audacieuse, l’Ontario a suspendu le volet des métiers spécialisés …

AVIS : En matière d’immigration rurale et nordique, l’Ontario devrait faire preuve d’audace

L’expansion du projet pilote régional d’immigration contribuerait à atténuer les pénuries de main-d’œuvre dans le Nord, déclare le PDG du groupe de réflexion

Dans une démarche audacieuse, l’Ontario a suspendu le volet des métiers spécialisés de son Programme ontarien des candidats à l’immigration (POCI). À une époque où l’immigration est attaquée de toutes parts, c’est une bonne chose. Les Ontariens doivent avoir une confiance absolue dans l’intégrité des programmes d’immigration de leur province.

Parallèlement, la province doit agir rapidement pour remédier aux dommages potentiels que cette pause pourrait causer aux candidats honnêtes et aux bonnes entreprises ontariennes qui cherchent à les employer. Cela est particulièrement vrai dans les régions rurales et du nord de la province. L’Ontario devrait faire preuve d’audace encore une fois et étendre immédiatement le projet pilote de développement économique régional par l’immigration (PENSER).

En 2024, la Chambre de commerce de l’Ontario (OCC) a demandé à la province de réserver 9 000 places dans le POCI à l’immigration rurale et nordique. Six mille de ces places seraient attribuées aux régions rurales du sud de l’Ontario, 2 000 autres seraient attribuées au nord-est de l’Ontario et les 1 000 dernières seraient attribuées au nord-ouest de l’Ontario.

L’initiative de l’OCC est venue à la demande du Northern Chamber Network et de ses chambres partenaires dans les régions rurales du sud de l’Ontario. Le projet pilote PENSER peut être considéré (au moins en partie) comme une réponse à cet effort de collaboration. Malheureusement, alors que la province déployait le projet pilote PENSER, le gouvernement fédéral a sabré tous les programmes de candidats provinciaux. D’un simple coup de plume, le POCI a été réduit de moitié et l’élan visant à accroître l’immigration rurale et nordique a été stoppé.

Heureusement, le gouvernement fédéral a très vite compris son erreur. Au cours de l’année 2025, le nombre de candidats provinciaux a augmenté dans toutes les provinces, à l’exception de l’Île-du-Prince-Édouard et de l’Ontario. Puis, lorsque les niveaux d’immigration pour 2026 ont été annoncés il y a quelques semaines, le Canada a fait volte-face. Ils ont rétabli presque tout ce qu’ils avaient supprimé des programmes provinciaux à peine 12 mois auparavant.

Les nouveaux objectifs provinciaux totalisent 91 500 places à l’échelle nationale pour 2026, avec 92 500 en 2027 et 2028. Il est même possible d’augmenter l’allocation jusqu’à 106 000 au cours des trois années. On prévoit que l’objectif de l’Ontario en matière de candidats passera de 10 750 en 2025 à 17 872 en 2026, et à 18 087 en 2026 et 2027. L’Ontario dispose des chiffres nécessaires pour s’engager avec audace dans l’espace d’immigration rural et nordique.

Non seulement ils ont les chiffres, mais ils ont aussi le plan. Entre 2020 et 2025, plus de 4 000 nouveaux arrivants sont arrivés dans les communautés du Nord de l’Ontario grâce au projet pilote fédéral d’immigration rurale et du Nord (RNIP). Timmins a accueilli 548 de ces nouveaux arrivants et a vu 746 nouveaux emplois créés grâce à cet afflux de population. Rien qu’en 2022, Sudbury a créé 293 nouveaux emplois et 15,7 millions de dollars en salaires annuels.

Il est important de comprendre qu’il ne s’agit pas d’emplois que les nouveaux arrivants ont « pris » aux résidents actuels. Le Nord de l’Ontario continue de faire face à des pénuries de main-d’œuvre persistantes qui s’aggravent à mesure que la population vieillit. Cette situation perdure malgré une croissance significative des niveaux d’éducation, de la participation économique et des revenus parmi les groupes traditionnellement sous-représentés.

Comme pour le projet pilote fédéral RNIP (et contrairement au volet des métiers spécialisés, désormais suspendu), le PENSER exige qu’une offre d’emploi soit en place avant qu’un candidat soit examiné. Comme l’ont fait leurs homologues fédéraux, les responsables du POCI pourraient facilement intégrer le personnel du développement économique local dans le contrôle des employeurs locaux, partageant ainsi la charge de travail et augmentant les obstacles à la fraude.

La province devrait également examiner de près le modèle australien qui autorise ce que l’on pourrait qualifier de « permis de travail géographiquement fermés ». Celles-ci exigent que les individus résident dans une région pendant au moins trois ans avant de demander la résidence permanente (RP) et cinq ans avant d’obtenir l’obtention d’une RP. Une telle approche présente de multiples avantages pour toutes les parties concernées.

Les permis géographiques évitent de lier un travailleur à un employeur, permettant ainsi une flexibilité si les choses ne fonctionnent pas. Mais ils exigent également qu’un nouvel arrivant fasse preuve d’un niveau d’engagement envers la communauté qu’il a choisie comme nouveau domicile. Le délai prolongé pour l’examen des RP atténue la pression nécessaire aux décisions rapides sur les demandes de RP, garantissant ainsi que les erreurs sont réduites et que les examens sont terminés. Enfin, les permis géographiques réduisent la « valeur de revente » d’un placement sur piste PR. Ils ne peuvent être utilisés nulle part, sauf dans les régions rurales ou du nord où ils sont attribués – pas de vente de relations publiques au plus offrant qui s’envole ensuite vers Trinidad ou Toronto.

Les emplois disparaissent dans les communautés rurales et du Nord. Dans la seule communauté de Dryden, les coupes fédérales inattendues de 2025 ont éliminé toute voie de RP pour plus de 124 personnes qui vivaient et travaillaient déjà dans cette communauté. Par conséquent, on s’attend à une perte annuelle de 8,1 millions de dollars en salaires de l’économie locale d’ici la fin de 2026. L’Ontario peut remédier à ce problème, pour Dryden et les communautés rurales et nordiques similaires, mais il doit faire preuve d’audace et agir maintenant.

Charles Cirtwill est président-directeur général de l’Institut des politiques du Nord, un groupe de réflexion indépendant fondé sur des données probantes et possédant des bureaux à Thunder Bay et à Timmins.